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Le mouvement au Québec: Le clivage reste profond

anon — August 1984

Par Ronald Babin et Jean-Guy Vaillancourt

Dans un article publié dans le Peace Calendar de février 1984, nous avons décrit brèvement l’émergence d’un nouveau mouvement anti-guerre québécois, ainsi que la diversité des groupes qui participent à la lutte pour le désarmement et la paix au Québec. Nous avons également décelé-la présence de deux tendances distinctes et montre que cette situation avait trouvé son expression concrete dans l’organisation à Montréal de deux manifestations différentes durant la journée du 22 octobre 1983.

La première, une chaîne humaine entre le consulat des USA et celui de l’URSS organisée par le Comité du 22 octobre, exprimait une option pour le non-alignement entre les deux superpuissances.

La deuxième, une grande marche pour la paix, lancée par le Conseil québécois de la paix (CQP), reflétait une position pacifiste plus traditionnelle. Ce groupe, dont les principaux dirigeants sont des gens très proches d’un parti communiste reconnu comme étant pro-soviétique, a contribué a donner créance à l’opinion conservatrice souvent exprimée selon laquelle tout le mouvement anti-guerre serait manipulé par l’ Union soviétique. Cela n’est pas le cas, puisque ces gens ne sont en réalité qu’une minorité, active il est vrai, mais peu représentative de l’ensemble du mouvement.

En terminant, nous avons fait état de la démarche menee par un Comité d’interrelation, en vue de créer une coalition québécoise des groupes non-alignes. Dans le présent article, nous voulons poursuivre notre survol du mouvement anti-guerre québécois, en soulignant comment les différentes composantes de ce mouvement se sont organisées en 1984.

A l’automne de 1983, le projet de regroupement mis de l’avant par le Comité d’interrelation s’est précisé. le Comité organisa pour le 1er octobre une rencontre des groupes ou il reçut le mandat de produire une plate-forme, qui fuit discutee et amendee à une réunion generale le 10 décembre 1983. Ce texte servit ensuite comme point de depart pour un appel a de nouveaux groupes pour une autre rencontre le 28 janvier 1984. Durant cette réunion, le texte fuit corrigé, puis adopté par la majorité des groupes présents. De cette accord commun entre les groupes est née la Coalition québécoise pour le désarmement et la paix (CQDP).A travers le choix des actions entreprises ou à entreprendre, se revele donc une demande qui va bien au-delà d’un simple désir de sécurite et de protection contre les risques d’une guerre nucléaire. le nouveau mouvement antiguerre, tel qu’iI s’exprime dans la CQDP, vise à transformer le sentiment de peur et d’indignation morale devant les politiques de rearmement en une analyse des rapports de pouvoir et des situations de privileges dans nos societés, et à plus ou moins long terme, à renverser ces rapports et a eliminer ces situations.

Parallèlement à ces developpements, on a egalement vu prendre forme une certaine participation quebecoise dans la En juin 1984, le CQDP regroupe une trentaine d’associations pacifistes venant de Montréal et des différentes régions du Québec. La nouvelle coalition cherche maintenant a se développer en se servant de la plate-forme commune comme moyen d’éducation et comme base de recrutement. Elle vise a élargir le champ. de vision trop étroit qu’on retrouve chez certains partisans du désarmement nucléaire, en proposant une conception globale de la paix et du désarmement qui ne serait pas purement militaire. Elle considère que l’économie et la politique constituent des facteurs importants dont il faut. tenir compte lorsqu’il est question de la construction de la paix et de la résolution des conflits militaires. La CQDP met de l’avant l’idée qu’il faut se donner les moyens d’agir efficacement a ce niveau pour qu’à long terme on puisse résister aux modèles politico-economiques dominants tant a l’Est qu’à l’Ouest et élaborer un modèle social alternatif qui soit à la fois progressiste et démocratique.

Le Comité de coordination de la nouvelle coalition s’est réuni pour la premiere fois le 12 février 1984 afin de donner suite aux propositions d’actions acceptées en assemblée generale le 28 janvier 1984. Voici celles qui furent retenues:

A travers le choix des actions entreprises ou a entreprendre, se révèle donc une demande qui va bien au-delà d’un simple désir de sécurité et de protection contre les risques d’une guerre nucléaire. Le nouveau mouvement anti-guerre, tel qu’il s’exprime dans la CQDP, vise à transformer le sentiment de peur et d’indignation morale devant les politiques de réarmement en une analyse des rapports de pouvoir et des situations de privileges dans nos societés, et à plus ou moins long terme, à renverser ces rapports et a éliminer ces situations.

Parallèlement à ces développements, on a également vu prendre forme une certaine participation québécoise dan la “Peace Petition Caravan Campaign” (PPCC). C’est moins les groupes faisant partie de la nouvelle CQDP que le Conseil québécois de la paix (CQP) et certains syndicalistes qui furent actifs dans cette campagne pan-canadienne.

La mise en marche d’une branche québécoise du PPCC, s’est effectuée à l’intérieur d’un “atelier Québec,” lors d’une conférence pan-canadienne tenue a Winnipeg du 2 au 5 février 1984. On y discuta de l’organisation de cette campagne et aussi des stratégies futures du mouvement pacifiste canadien. De retour au Québec, les participants québécois à la rencontre de Winnipeg ont convoqué une dizaine de regroupements ou de fédérations a une réunion qui s’est tenue le 13 février 1984. le but de cette rencontre était de former une “coalition opérationnelle” ayant comme tâche spécifique de parrainer et d’animer la pétition au Québec.

A cette rencontre, aucune provision n’a été prise pour favoriser l’ouverture d’un débat de fond sur le contenu de cette pétition pour l’adapter un peu au contexte québécois. Par exemple, la section québécoise de la PPCC s’est fait reprocher de ne pas questionner le rôle de la base militaire de Bagotville, le projet d’expropriation par Ottawa de plus de 100km carrés de terres au Lac St-Jean pour en faire un champ de tir pour les F-18 et pour d’autres appareils militaires, et le fait qu’au Québec on retrouve environ 50% de toutes les usines canadiennes d’armements.

Bien qu’ils veuillent participer a ce genre d’exercice, plusieurs groupes québécois sont gênés par les limites inhérentes a ce genre d’action. Surtout, ces groupes ont été réticents a cautionner le rôle central que le Conseil québécois de la paix s’est arrogé dans l’organisation de cette campagne au Québec, ainsi que la dynamique uni-directionnelle (sommet vers la base) qui excluait d’emblée l’échange d’idée et l’apport des groupes en vue de remanier le contenu de la pétition pour la rendre plus québécoise.

La mise en place d’un Comité exécutif de la PPCC au Québec est venue confirmer les hésitations des groupes non-alignés, car y prenaient place presqu’uniquement des dirigeants et des sympathisants du Conseil quebecois de la paix.

Ce n’est que par la suite qu’on proposa une place, plus symbolique qu’autre chose, à la Coalition québecoise pour le désarmement et la paix.

Devant un déséquilibre aussi évident, ou la voix de l’ensemble des groupes pour le désarmement et la paix risquait d’être noyée par celle du CQP, le CQDP et plusieurs autres groupes ont préféré s’occuper de leurs propres programmes d’action.

Ayant bien assis son contrôle sur la PPCC, le CQP et cette dernière organisèrent une manifestation a Bagotville pour le 12 mai 1984, dans le but, semble-t-il, de répondre aux critiques à l’effet que la PPCC était trop peu québécoise dans son orientation. Cette activité n’a pas eu le succès escompté moins de 100 personnes se sont présentées, la, plupart étant des Montréalais membres de groupes proches du CQP et du Parti communiste du Québec.

Quant a la CQDP, elle organisa une manifestation à Québec le 26 mai 1984, sur le thème “Pour un Québec démilitarisé.” Environ 1000 personnes de divers groupes et de différentes régions y prirent part. Suite a cette manifestation, la CQDP a commencé a planifier la grande manifestation de la journée internationale pour la paix le 20 octobre prochain. Pour l’organisation de cette journée, la CQDP a convoqué des rencontres de tous les groupes intéressés, y compris les syndicats, pour mettre sur pied un Comité du 20 octobre. Des pourparlers sont en cours avec la PPCC (et les groupes qui en fort partie) pour discuter de la possibilité d’avoir une manifestation sinon unitaire, du moins commune le 20 octobre..

Le clivage reste profond entre la tendance non-alignée (présente surtout dans la CQDP) et les gens du CQP et leurs alliés qui contrôlent le comité exécutif de la section québécoise de la PPCC.

Il se peut donc que les discussions en cours n’aboutissent pas a réconcilier des perspectives et des groupes aussi difficilement réconciliables, mais au moins on pourra dire qu’un effort a été tenté.

Notre but en brossant ce tableau du paysage pacifiste québécois est de mettre en relief ses composantes et sa situation actuelle qui ne cessent d’évoluer.

L’image qui se dégage est celie d’un mouvement assez complexe mais d’où deux axes principaux se dégagent. le premier, dont la conception est plus globalisante, cherche a se rapprocher des forces sociales progressistes pour adresser une critique socio-politique plus large et imaginer et élaborer une alternative a la société militariste. le second axe privilégie le développement d’un mouvement plus proprement politique, et cherche des appuis dans le mouvement syndical, et accessoirement chez les partis politiques de gauche.

Au-delà donc d’un conflit entre des progressistes non-alignés d’une part et des membres et des sympathisants du Conseil de la paix et du Parti communiste du Québec d’autre part, iI y a une différence qui est indicatrice de deux façons de penser le changement social. Dans le second axe, qui essaie de se situer dans la mouvance syndicale, on retrouve une pensée de gauche plus “étatiste” qui voit dans l’état l’agent le plus efficace des transformations sociales. Quant au premier axe, il s’apparente aux nouveaux mouvements sociaux qui s’opposent à une vision technocratique, gestionnaire et organisatrice de la vie sociale, qui pensent le changement en termes des pratiques d’autogestion et d’alternative qui se développent du côté de la société civile, et qui s’efforcent de construire, avec ce qu’il y a de plus dynamique dans le syndicalisme, un véritable Front commun capable de s’opposer au renforcement du pouvoir technocratique et militaire.

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